La Semaine de Tous les Doutes : Quand un Employé Déroge à Ses Horaires

17 février 2025

Contexte et mise en situation
Un lundi matin, mon téléphone sonne de bonne heure. Au bout du fil, la voix tendue d’un dirigeant de PME. Il m’explique qu’il soupçonne l’un de ses salariés de ne pas respecter ses horaires de travail. Arrivées tardives, pauses interminables, départs précipités… Ces comportements nuisent à la productivité de l’entreprise et créent des tensions au sein de l’équipe. Lassé de ces plaintes, le dirigeant décide de faire appel à un détective privé pour vérifier la réalité des faits et, si besoin, disposer de preuves recevables en cas de litige.


L’enquête débute

Dès le lendemain, j’entame une première série d’observations discrètes. L’idée est de noter précisément les heures d’arrivée et de départ du salarié, mais aussi de repérer toute activité suspecte dans la journée. Mon objectif : obtenir des informations fiables et recoupées, sans pour autant me faire remarquer.

  • Jour 1 : L’employé concerné est censé commencer sa journée à 9h. Or, il arrive ce jour-là à 9h45, un café à la main, sans la moindre hâte apparente. Plus tard, il quitte le bureau à 12h15 pour une « pause déjeuner »… et ne réapparaît qu’à 14h10.
  • Jour 2 : Le matin, il arrive à 9h20. L’après-midi, il s’éclipse à 16h alors qu’il devrait finir à 17h30.

Pour éviter tout abus, je note scrupuleusement chaque observation. Mon rôle implique de respecter la législation en vigueur, en particulier le Code du travail, tout en garantissant une collecte de preuves légalement admissibles.


Une filature méthodique

Sur la semaine, je mets en place une filature discrète : je surveille ses trajets, ses arrêts, ses temps de présence. Je m’assure que les constats soient rigoureusement établis. Ces éléments, correctement consignés, constituent des preuves que l’employeur pourra, le cas échéant, produire devant le Conseil de prud’hommes.

  • Surprise du milieu de semaine : Je constate que l’employé se rend, deux jours de suite, dans un centre commercial entre 14h et 15h, alors qu’il devrait être au bureau.
  • Fin de semaine : Le vendredi, il part dès 15h30 prétextant un rendez-vous important. Pourtant, je l’aperçois tranquillement en terrasse d’un café jusqu’à 17h.

Au bout de quelques jours, le schéma est clair : l’employé ne respecte quasiment jamais ses horaires officiels. Ces retards et absences non justifiés s’accumulent et pèsent sur l’organisation de l’entreprise.


Le cadre légal du droit du travail

1. Respect de la vie privée et proportionnalité

Le Code du travail (article L1121-1) stipule que nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. Ainsi, l’employeur a un intérêt légitime à vérifier la présence et l’assiduité de ses salariés, mais doit le faire sans porter une atteinte excessive à leur vie privée.

2. Loyauté de la preuve

La jurisprudence exige que toute preuve produite contre un salarié soit recueillie loyalement. L’intervention d’un détective privé doit se faire dans le respect de ce principe : surveiller un salarié durant ses horaires de travail ou dans l’espace public reste possible, mais il est interdit de le filmer ou de l’espionner dans sa sphère strictement privée (ex. : à son domicile, dans des espaces considérés comme privés sans son accord). Les constats et prises de vue réalisés dans des lieux publics ou « librement accessibles » (parking d’entreprise, rue, café, etc.) sont, eux, légitimes.

3. Information préalable des salariés sur les dispositifs de contrôle

Le droit du travail recommande également d’informer les salariés des éventuels moyens de contrôle ou de surveillance pouvant exister dans l’entreprise (caméras de vidéosurveillance, badgeuses, etc.). Dans le cas d’une suspicion de fraude ou d’abus de la part d’un salarié, l’employeur peut, à titre exceptionnel, recourir à un détective privé pour vérifier les faits, tant que cette démarche reste proportionnée et répond à un intérêt légitime (ex. : protéger la viabilité économique de la société).

4. Admissibilité des preuves devant le Conseil de prud’hommes

Lorsque le dossier est transmis à la justice prud’homale, les pièces issues de l’enquête doivent démontrer qu’elles ont été recueillies en respectant la loi et sans « piège » déloyal. Dans cette affaire, la filature et les relevés d’horaires sont licites car ils portent sur l’exécution d’un contrat de travail dans l’espace public et pendant les heures de travail officielles.


La rédaction du rapport

Après une semaine d’observation, je rassemble l’intégralité des preuves collectées :

  • Horaires réels d’arrivée et de départ, relevés au quart d’heure près.
  • Photographies démontrant les larges écarts entre l’emploi du temps contractuel et la réalité.
  • Témoignages éventuels (lorsque c’est possible et justifié légalement) attestant de sa présence hors du bureau.

Je rédige un rapport complet et objectif, présentant les faits de façon chronologique, sans jugement, mais avec toutes les pièces justificatives (photos, heures, lieux précis). Ce document, remis à l’employeur, constitue un support solide en cas de procédure interne ou de contentieux.


Conclusion et impact pour l’entreprise

Face à ces preuves irréfutables, le dirigeant a pu confronter son salarié. Celui-ci n’a pas été en mesure de contester la réalité des faits. L’entreprise a alors choisi la mesure disciplinaire la plus adaptée à ses règles internes : un avertissement formel suivi d’un recadrage strict ou, selon la gravité et la répétition des manquements, un licenciement pour faute.

Cette affaire illustre parfaitement le rôle qu’un détective privé peut jouer pour éclaircir une situation de suspicion professionnelle, dans le respect du Code du travail et de la vie privée du salarié. En une semaine, le dirigeant a pu confirmer (ou infirmer) ses doutes et prendre les décisions qui s’imposaient pour maintenir la confiance et la productivité au sein de l’entreprise.

Moralité : Le recours à un détective privé s’avère légitime lorsqu’il s’inscrit dans un cadre légal clair : principe de proportionnalité, respect des droits du salarié, collecte loyale des preuves. C’est la clé pour préserver à la fois la sérénité du dirigeant et l’équité envers l’ensemble des collaborateurs.


Besoin d’y voir plus clair ?

Si vous rencontrez une situation similaire au sein de votre entreprise ou que vous suspectez un manquement grave au règlement interne, n’hésitez pas à nous contacter. Nous mettrons en place une enquête rigoureuse et discrète, conforme au droit du travail et aux libertés individuelles, pour vous apporter les réponses dont vous avez besoin.